Pour contrer la fonte du pergélisol causée par le réchauffement climatique, St. Moritz teste une solution inédite : refroidir artificiellement la montagne afin de stabiliser le sol.

Le pergélisol, invisible mais essentiel, est un pilier de la stabilité alpine. Lorsqu’il se réchauffe, il perd sa fonction de « colle » et la montagne se fissure, glisse, voire s’effondre.

Les géologues estiment qu’environ 5 % du territoire suisse est concerné par le pergélisol. Un pourcentage certes faible, mais qui touche des zones très sensibles, notamment au-dessus de 2 500 mètres, où se concentrent stations de ski, sentiers de randonnée et remontées mécaniques.

Face à cette menace, la société qui gère les remontées mécaniques, Engadin St. Moritz Mountains AG, a décidé d’agir. Depuis cet été, elle a lancé d’importants travaux : l’installation de thermosiphons. Ces dispositifs, bien connus dans le secteur du chauffage, sont ici utilisés à l’inverse, pour refroidir la montagne.

Le principe est assez simple : un thermosiphon est un tube métallique rempli d’un fluide réfrigérant (du dioxyde de carbone comprimé). Lorsque l’air en surface se refroidit, même légèrement pendant la nuit, le fluide circule naturellement vers le bas, dissipant la chaleur accumulée dans le sol. Le résultat attendu : stabiliser la température du pergélisol et ralentir sa fonte.

« Ce que nous faisons avec ce système, c’est donner un coup de pouce à la nature : nous extrayons davantage de chaleur du sol. Ainsi, il est plus froid qu’il ne le serait naturellement, ce qui permet au pergélisol de survivre à l’été « , a expliqué Lukas Arenson, ingénieur géotechnique spécialisé dans le pergélisol au sein de la société canadienne BGC Engineering, responsable des travaux. Concrètement, seize thermosiphons ont été installés sur les hauteurs du Piz Nair, à environ 3 000 mètres d’altitude. Longs de 15 mètres chacun, ils sont ancrés en profondeur dans la roche et reliés à un système de surveillance. L’équipement est conçu pour durer environ 30 ans.

L’investissement est conséquent : 1,9 million d’euros (1,8 million de francs suisses) pour équiper le Piz Nair.

Ces thermosiphons ne sont pas une nouveauté absolue. Ils sont déjà utilisés dans certaines régions du Canada, de la Russie et même des États-Unis, en Alaska, pour protéger routes et oléoducs construits sur le pergélisol. Mais c’est la première fois qu’ils sont installés en Suisse — et en Europe en général — à une telle échelle et avec un objectif explicitement lié au tourisme de montagne.